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Carte du Lac Champlain depuis le Fort Chambly jusqu'a celuyde St. Fréderic, 1740. G3802.C45 1740 .C3.
Library of Congress Geography and Map Division Washington

À l’été 1732, le gouverneur Beauharnois et l’intendant Hocquart envoient l’arpenteur Anger dresser une carte du lac Champlain et des terres qui l’entourent. La colonie s’apprête à concéder fiefs et seigneuries. Stratégiquement, par la concession de ces nouvelles seigneuries, on veut briser l’isolement du fort Saint Frédéric construit l’année précédente à la Pointe à Chevelure, à l’extrémité sud du lac Champlain, et lui assurer un ravitaillement plus aisé et du secours en cas de conflit avec le voisin anglais. À partir du mois d’avril 1733, les instances coloniales multiplient l’octroi de concessions le long de la rivière Richelieu, sur le pourtour de la baie Missiskoui (Missisquoi) et sur les rives du lac Champlain.
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Les seigneuries du Lac Champlain. Collection Moreau de Saint-Méry,
Centre des archives d’outre-mer, France, F3 290 59.

Le 5 avril, François Daine, greffier en chef du Conseil Supérieur, reçoit la seigneurie de Boisfranc qui s’étend vers l’est d’une lieue et demie de front dans la baie à partir de l’embouchure de la rivière du Brochet.  Le 6 avril, Beauharnois et Hocquart concèdent à Paul-Louis Dazenard de Lusignan, sous-lieutenant des troupes de la Marine, un terrain d’environ deux lieues de front dans la baie Missiskoui à prendre depuis la borne sud-est de la seigneurie de monsieur Daine.   Le 20 juillet 1734, Philippe-René Le Gardeur de Beauvais, écuyer, se voit remettre un terrain de deux lieues de façade à prendre à partir de la ligne sud de la seigneurie de Lusignan et se prolongeant vers la presqu’île à l’embouchure de la rivière Missisquoi.  
Hommes de profession et de carrière, peu portés sur les exigences du peuplement, les nouveaux seigneurs négligent leurs devoirs et laissent leurs concessions à l’abandon.  Le 10 mai 1741, en vertu des arrêts de Marly qui préconisent «la réunion des terres si elles ne sont pas mises en valeur », messieurs de Beauharnois et Hocquart retirent les privilèges seigneuriaux aux concessionnaires de 1733 et 1734 et rapatrient lesdites seigneuries au domaine royal.
Marteau forestier : outil servant pour le marquage des arbres propres à la construction navale. Outil à double extrémité : soit une hache pour enlever l’écorce et l’autre extrémité munie d’un sceau gravé pour marquer l’arbre, en occurrence une fleur de lys, tel que cité dans le document.
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Lors de son séjour au lac Champlain, en 1732, l’arpenteur Anger remarque la richesse des « chesnières » tant en abondance qu’en étendue à l’intérieur des terres. De ces dernières, l’intendant Hocquart y voit la possibilité d’y extraire tout le bois nécessaire à la construction de vaisseaux pour le roi. L’année suivante, l’intendant Hocquart expédie Médard Valette de Chevigny, David Corbin et trois charpentiers au lac Champlain pour marquer au moyen d’une fleur de lys les bois propres à la construction des vaisseaux du roi. 
Le 6 novembre 1733, David Corbin et ses compagnons explorent la rivière Missisquoi jusqu’au « désert sauvage ». Les rives de la rivière semblent offrir de belles promesses par l’abondance des chênes.  Le 9 novembre suivant, les explorateurs remontent la rivière du Brochet sur l’espace d’une lieue; on y relève quelques chênes blancs clairsemés et autres espèces d’arbres.  Ils ne poursuivent pas l’investigation plus avant.
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À partir de 1740, René-Nicolas Levasseur, constructeur des vaisseaux du roi et responsable de l’approvisionnement en bois de mâtures et de bordages, se rend dans la région du lac pour y évaluer la qualité des bois et pour y découvrir de nouveaux sites plus propices à l’exploitation forestière.  Levasseur réitérera l’exercice à plusieurs reprises.  
En 1744, Hocquart dépêche David Corbin et 44 charpentiers à Missisquoi afin de poursuivre l’exploitation commencée l’année précédente.  L’intendant lui-même se montre intéressé à la coupe de bois et peut-être même à y construire un moulin. Les menaces d’une guerre avec les anglais empêcheront Hocquart de réaliser son projet.
À l’approche de 1748, il semble que l’exploitation forestière favorisée par la naissance d’une industrie de construction navale connaisse davantage de succès que les différentes tentatives de peuplement dans la région du lac Champlain.
Le 23 septembre 1748, le marquis de la Galissonnière, commandant général, et François Bigot, intendant de la Nouvelle-France, acquiescent à la requête de René-Nicolas Levasseur, constructeur des vaisseaux du roi en cette colonie et concèdent une étendue «de six lieues de terre de front le long de la rivière Missiskoui, dans le lac Champlain, sur trois lieues de profondeur de chaque côsté d’icelle, les dites six lieues de front à prendre à huit arpents au-dessous de la première chute qui se trouve à trois lieues dans la profondeur de la dite rivière en remontant la susdite rivière Missiskoui»
L’axe de développement de la nouvelle seigneurie est orienté dans le sens du défilement des eaux de la rivière Missisquoi; sa façade n’est plus parallèle au lac Champlain.  Qui plus est, la limite occidentale de la concession est à trois lieues de profondeur de l’embouchure de ladite rivière.  Cela n’a plus rien à voir avec les anciennes terres concédées. Comme critère d’attribution, tout porte à croire que l’on privilégie le développement de l’industrie du bois plutôt que le peuplement.  La chute et son pouvoir d’eau qui avait attiré l’attention de l’intendant Hocquart en 1745, sont au cœur de la nouvelle seigneurie.

Mémoire de Levasseur, 25 février 1754 où il est fait mention d’un moulin,
Centre des archives d’outre-mer, France, COL, C11A 99/fol.505

Le 27 juillet 1750, devant le notaire C. H. Dulaurent de Québec, René-Nicolas Levasseur cède la moitié de sa seigneurie à Joseph Corbin, charpentier du roi.  Aucune somme d’argent n’est impliquée dans cette transaction.  Seule l’obligation, pour les deux concessionnaires, de construire des moulins et de partager les profits issus du commerce du bois scelle le contrat.  Le 25 février 1754, Levasseur, dans un mémoire adressé au ministre, écrit : « Le seul avantage que m’ayent procurés les travaux pénibles que j’essuye en Canada, est une concession que le Roy m’a accordé, sur la quelle, j’ay fait battir un moulin à scie pour fabriquer des planches ». 
Le 11 septembre 1758, devant le notaire J.B. Decharnay, suite au décès de Joseph Corbin, les héritiers de ce dernier signent une convention avec René-Nicolas Levasseur par laquelle il y a rétrocession de la moitié de la seigneurie au profit de ce dernier.

La chute de la colonie, en 1760, va précipiter le départ de René-Nicolas Levasseur accompagné de sa nombreuse famille vers la France et confirmera la fin de l’aventure seigneuriale de Saint-Armand, telle qu’elle exista en Nouvelle-France.  
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